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[interview avec le Président de lasbl «Protection des marronniers» M. Edgard dHose]
Qu’est ce que lasbl «Protection des Marronniers» dont Henri Vernes est Président d’Honneur et vous Président?
Notre association a été conçue en août 2006 et regroupe des gens de tous les milieux: intellectuels, professions libérales, entreprises - qui ont tous la même sensibilité par rapport à la Vie, à l’Univers, au respect de l’Autre. Nous nous sommes rassemblés afin de consacrer une partie de notre temps sur cette Terre pour porter l’intention aux autres Etres Vivants et notamment les arbres urbains, lesquels par définition, n’ont pas droit à la parole en ce siècle, malgré tous les discours écologiques. L’on peut financer un programme de défense de la forêt dans n’importe quelle partie du monde, tout en laissant les espaces verts de chez nous sans protection ni soins. C’est étonnant.
Vous êtes intervenu dans le dossier de l’avenue Churchill. Pourriez-vous nous expliquer la raison de ce combat?
Il faudrait plutôt dire une grande indignation. Au départ ce n’aurait dû n’être qu’un banal mouvement destiné à sauvegarder l’essentiel d’une des rares artères encore arborée à Bruxelles. Il s’est transformé en mouvement contre le cynisme et le mépris pour la population. Car la question est là: les arbres étaient menacés, mais plus encore, le respect du citoyen que l’on a complètement manipulé.
Qu’entendez-vous par là?
On a invoqué la dangerosité de la plupart des marronniers de l’avenue Churchill en disant, qu’ils étaient vieux, malades, pourris ou atteints d’un parasite dangereux qui affectait leur résistance mécanique et qu’il fallait donc pour des raisons de sécurité, les abattre.
Pourquoi vous être opposés à l’abattage alors qu’a priori, les arbres présentaient du danger?
Ceux qui vivent avenue Churchill, connaissent leurs arbres et voient ceux-ci fleurir chaque printemps avec vigueur avec un feuillage dense. Pour cette raison, tout le monde était étonné et certains ont cru aux affirmations de l’administration. Nous avons découvert plus tard que le rapport d’expertise (réalisé en pleine canicule de 2003) avait manifestement été présenté de manière tendancieuse pour effrayer. Car, selon l’expertise, il n’y a ni maladies ni parasites constatés sur le site de l’avenue Churchill. De plus, les marronniers dits «vieux» (ils ont cent ans environ mais une bonne partie a la cinquantaine) vivent environ deux cent cinquante ans en moyenne. Et aucun test mécanique de résistance n’a été effectué jusqu’à ce jour! Donc la question était claire: pourquoi vouloir abattre 310 marronniers avenue Churchill alors qu’on laissait ceux de l’avenue Albert intacts? Ce sont les mêmes marronniers!
Pourquoi spécifiquement ceux de l’avenue Churchill?
Ce que nous avons constaté, nous a stupéfiés. La STIB avait introduit une demande de permis qui mettait à jour ses projets: installation d’une troisième voie de tram sur la partie Vanderkindere- Rond-Point Churchill, nouveaux quais d’accueil, sanitaires, etc. Depuis plus d’un an, la STIB d’ailleurs installe ses infrastructures (câbles, cabines, poteaux et autres centrales haute tension). Il est quand même étrange que ce soient les seuls arbres situés sur les sites visés qui soient destinés à l’abattage parce que dangereux!
Vous laissez entendre que la Région a menti à la population?
Je constate seulement des faits: -une réunion de l’administration régionale avec d’autres instances et dont j’ai copie du procès-verbal, fut organisée le 19 juin 2003, avec pour objet en titre «L’abattage des arbres de l’avenue Churchill avec leur remplacement»; -le cabinet du Ministre compétent, présent à cette réunion, y explique comment procéder via des abattages d’urgence d’abord pour des raisons de sécurité et ensuite, invoquer le réalignement. Je dispose également de l’avis de l’administration, sur la méthode à utiliser pour organiser cet abattage, tranche par tranche! -un fonctionnaire de l’AED précise même qu’il faut adopter la stratégie «d’abord procéder à l’abattage des arbres dangereux, ensuite compléter l’abattage par tronçons pour permettre les autres travaux d’une manière rationnelle».
Tout cela date de juin 2003, donc AVANT même que l’on ait saisi l’expert! Après cela, on vient nous dire que l’abattage des arbres n’a rien à voir avec des travaux! Comment croire ces assertions? Pour moi c’est clair: la décision d’abattage est liée aux travaux envisagés et l’expertise vise à donner un alibi crédible à l’abattage. L’administration se moque bien de savoir si les arbres sont malades, dangereux ou non. Elle a décidé, quelque soit leur état, de les abattre! de g. à dr. Mr Edgard D’Hose, Président de l’A.S.BL. Mme Irina Khramtsova, Mr Henri Vernes, Président d’Honneur de lasbl Mars 2007 - p.3 «Protection des Marronniers» asbl Aujourd’hui déjà: Rond-point Churchill Terminus des trams 3 et 23 Enlèvement d’un arbre.
Quel est l’intérêt de la Région d’agir ainsi?
La Région est propriétaire de la voirie de l’avenue, c’est elle qui finance une étude sur la santé des arbres, c’est elle qui subsidie les travaux de la STIB et c’est elle qui octroie ensuite le permis de bâtir! Les arbres devaient être malades parce que l’administration avait décidé de les abattre pour permettre les travaux de réaménagement de l’avenue! De fait la Région a un agenda caché visant au réaménagement complet de l’avenue. Vous savez, Mme Dupuis dit que les travaux sont «gelés» mais elle a déclaré au Parlement régional le 8 novembre dernier que le but final est l’abattage de 152 arbres sur l’avenue!
Quand nous avons relevé que le rapport d’expertise ne faisait pas état de maladies ou de parasites sur l’avenue Churchill, la Région a changé son fusil d’épaule: les arbres n’étaient plus malades, ils devenaient dangereux parce que affectés de défauts de résistance mécanique!
Les arbres ne sont pas vraiment dangereux?
Aucune expertise ne définit les critères de dangerosité d’un arbre. C’est l’arbitraire absolu. Quand on lit les expertises, on voit que des arbres à abattage conseillé en 2003, sont maintenant suggérés à abattage à court terme, voire même considérés comme viables moyennant des élagages ou des soins. Ces arbres sont toujours là depuis quatre ans, fleurissent chaque année, toujours aussi vigoureux avec un feuillage dense qui est la plus belle preuve de leur vitalité. J’ai même lu dans une expertise pour 4 arbres que l’on conseillait leur abattage parce que l’expert ne disposait pas du temps nécessaire pour analyser leur vitalité! Condamner une vie faut de temps! C’est inconscient.
En revanche toutes les expertises réalisées incombent les dégradations constatées à des élagages «sévères» (autant dire cochonnés!) ou à des travaux de sol de la STIB! C’est le manque d’entretien de la STIB ou la maltraitance de certains arbres qui est la principale cause de leur mauvais état! Donc d’un côté on reconnaît la faute commise et de l’autre on récompense son auteur en conseillant l’abattage pour lui permettre de réaliser ses projets! La STIB bénéficie d’une impunité totale alors qu’elle a la responsabilité de l’entretien des arbres.
La STIB serait-elle vraiment intouchable?
Il n’est pas normal que l’auteur de dégâts aussi flagrants ne soit pas poursuivi en dommages et intérêts! Rien de tout cela ici. C’est la STIB, alors on ne fait rien puisque c’est à la Région d’intenter une action. J’ajoute que depuis trois ans on sait tout cela, mais personne ne soigne les arbres. Au contraire, on les laisse dépérir, comme le propriétaire d’une maison qui la laisse pourrir afin d’obtenir un permis d’abattage. C’est choquant, parce que nous parlons de matières vivantes ici!
Quelles ont été vos actions face à cette situation?
Nous avons réagi avec vigueur dès août 2006 par deux courriers recommandés adressés au Ministre –Président de la Région Piqué et à la Secrétaire d’Etat Dupuis. Nous avons ensuite rassemblé toutes les données dispersées et un ensemble de documentation destinés à fonder notre action dont la conception stratégique avec fondement scientifique fut préparée, avec un langage commun que nous avons initié, notamment le texte de notre pétition. Une lettre ouverte fut adressée aux têtes de listes et Présidents de partis politiques avant les élections et un tract «S.O.S. MARRONNIERS» a circulé dans la commune d’Uccle. Ainsi, outre des courriers et rendez-vous organisés avec les responsables, nous avons assumé l’impression et la distribution de milliers de pétitions.
La population est-elle sensible au problème? Comment at- elle réagi?
J’ai été stupéfait du succès de la Pétition, d’autant plus que toutes les signatures recueillies ont été renvoyées par poste, par mail ou déposées dans la boîte aux lettres de notre association, ce qui implique que la population est particulièrement motivée, sans parler de ceux qui ont exprimé leur opinion, téléphoné ou sollicité de nouveaux documents pour les distribuer autour d’eux. C’est un vaste, profond et touchant mouvement de solidarité qui s’exprime.
Mais encore, vous pensez qu’il suffit de produire des pétitions pour sauver les marronniers?
Nous avons chargé à nos frais, deux cabinets d’avocats réputés de Bruxelles en vue d’instruire les dossiers relatifs à l’abattage des arbres. C’est d’ailleurs grâce à leur intervention que nous disposons officiellement des pièces qu’on ne voulait pas nous montrer, ni d’ailleurs à personne, pas même aux parlementaires. Maintenant, notre stratégie judiciaire est prête et un cabinet d’experts également. Un huissier de justice a aussi procédé à certaines constatations.
La Région déclare renoncer à ses projets, selon les récentes déclarations parues dans la presse. Comment vous positionnez-vous à ce sujet?
D’abord, la Région n’a pas renoncé. Elle a «gelé» la situation et on sait ce que cela veut dire en Belgique: laisser l’orage passer et après on fait quand même ce qu’on veut. Pour l’avenue Churchill, les données contradictoires des différentes déclarations au sein de l’Exécutif Régional sont à cet égard atterrantes! (Voir article «La cacophonie du pouvoir». NDLR) La confusion est totale. Elle crée un écran de fumée pour cacher ce que veut réellement la Région qui pour le moment tente de démobiliser le vaste mouvement de solidarité qui s’est créé, mais elle n’a pas modifié d’un iota ses intentions. Elle a simplement changé de stratégie: de fait, on vise à abattre les arbres un par un, en laissant la responsabilité de la décision à la Commune pour des raisons d’urgence et de sécurité (injustifiées), contournant ainsi la loi qui exige un permis d’abattage. Ainsi, petit à petit, on vide de son sens la loi. Deux arbres abattus en octobre, 15 proposés à l’abattage en mars, etc. Tout cela pour arriver à terme aux 152 abattages prévus pour dégager l’espace en vue des travaux. Et le tour est joué!
Mais justement, ces arbres étaient catalogués dangereux. La sécurité du citoyen passe avant tout, non
Notre action n’a pas pour objectif de garder les arbres à tout prix s’il s’avère qu’ils sont dangereux. Le problème justement c’est que les expertises auxquelles vous faites allusion, ne disent nulle part que les arbres sont dangereux ni qu’ils doivent être abattus en urgence pour des raisons de sécurité. Car c’est cette seule notion qui justifie que le Bourgmestre prenne un arrêté, procédure exceptionnelle qui n’est envisagée que dans des cas exceptionnels. Mais quand on vise des arbres qui sont à abattage conseillé depuis quatre ans et que pour ces mêmes arbres une expertise contradictoire conseille un abattage à court terme, voire conseille l’abattage parce qu’on n’a pas le temps de les examiner pour voir comment ils réagissent aux agressions dont ils sont l’objet, je ne vois pas en quoi ils devraient être abattus en urgence!
Nous avons a engagé une action en référés contre l’arrêté du Bourgmestre d’Uccle et une audience est prévue pour le 14 mars prochain. Je ne me prononcerai pas sur ce dossier, sauf pour souligner que notre action vise essentiellement à la désignation d’un expert qui doit définir les critères objectifs de dangerosité d’un arbre, examiner les arbres concernés avec tous les moyens nécessaires (matériel, appareils, analyses scientifiques, observation) afin de déterminer leur résistance mécanique, leur vigueur et vitalité, la qualité du bois et surtout les mesures à prendre pour leur apporter des soins et les guérir. Car, comme un humain, un arbre génère son propre système immunitaire.
On parle d’un accord conclu avec les autorités par l’association «Longchamp-Messidor».
En septembre 2006, nous avons partagé avec cette asbl le fruit de notre travail, en particulier les documents conceptuels élaborés ainsi que le texte de la Pétition, pour permettre de relancer son activité. Je suis étonné d’apprendre qu’il y aurait eu un accord, dont nous ignorons tout du contenu, et j’en suis d’autant plus étonné que je suis administrateur de cette asbl dont le conseil d’administration ne s’est plus réuni officiellement depuis octobre 2006, même pour en choisir son Président! Il s’agit donc d’initiatives individuelles prises sans mandat. En plus, ils viennent en contradiction flagrante avec les engagements pris par notre Pétition et soutenus par la population.
Votre mouvement ne se concentre pas sur l’avenue Churchill en particulier?
Pas essentiellement, non. Avenue Louise, c’est pareil: des élagages sauvages ont été effectués sans le moindre respect des règles de l’art. Des branches sont coupées avec des coupes de plus de 15cm de diamètre susceptibles de mettre l’arbre en péril. Cela se voit à l’oeil nu, mais apparemment, les autorités s’en fichent! La STIB a même coupé clandestinement un arbre sain parce que cela gênait ses aménagements et transforme le bout de l’avenue Louise en gare de chemin de fer! Pourtant, pour l’avenue Louise, le Roi Léopold II avait dans sa donation du terrain à l’Etat fixé comme condition de le réserver à un espace jardin. Ce fut acté dans une loi de 1903. Les riverains furent consultés un 23 décembre…
Notre association entend défendre une conception générale de défense des arbres dans l’ensemble du territoire. Car une stratégie globale d’abattage est actuellement dans les cartons de l’administration, et les premiers visés sont TOUS les marronniers de Bruxelles, notamment avenue de Fré, Albert, Tervuren, etc.
Les autorités politiques sont-elles réceptives à cette problématique?
Malheureusement, ce n’est pas le cas. Avant les élections communales, nous avons adressé une lettre ouverte aux têtes de liste d’Uccle et aux partis francophones. Seul M. S. de Lobkowicz s’est impliqué personnellement et le PS a simplement accusé réception. Pour le reste c’est le silence absolu, même chez Ecolo! Des personnalités se sont toutefois distinguées et je dois, rendre hommage à Mme J. Rousseaux, M. E. Sax et Mme C. Gol. Au Parlement Bruxellois, aussi, Mme M. Lemesre a déposé une Proposition de Résolution contresignée par Mme J. Rousseaux qui va dans le sens de notre combat pour une nouvelle forme de démocratie.
Qu’entendez-vous par cela?
Les termes de la Résolution sont clairs, au-delà du problème des arbres: «de procéder à une réflexion globale au sein d’une Commission regroupant toutes les tendances représentées au Parlement régional, les représentants des communes et des instances ou associations concernées, en vue de fixer des lignes de force déontologiques pour une politique qui tienne réellement compte des souhaits des habitants, parle vrai, les informe et crée un esprit d’harmonie entre la nature, les souhaits de vie du citoyen et les nécessités économiques de la Région»
C’est l’absence de précaution démocratique qui est en cause et ce «déficit citoyen» est devenu apparemment la donne en Belgique. On n’écoute plus les gens. Les dirigeants ont tendance à vouloir imposer des solutions dont le citoyen ne veut pas, uniquement parce qu’ils sont convaincus d’avoir raison mieux que lui. A cet égard le débat sur les marronniers est devenu symbolique. Car hier avenue Louise, aujourd’hui avenue Churchill, plateau Awijl ou la forêt de Soignes. Demain à qui le tour?
Une conclusion?
Henry Kissinger a écrit qu’ «Il ne faut pas démolir un pont après l’avoir franchi». Peut-être que certains de nos responsables politiques ont-ils oublié qu’ils étaient d’abord des citoyens comme les autres avant de participer au pouvoir. Et peut-être que demain, il le redeviendront.
Je crois sincèrement à l’avenir de l’humanité. Nous avons toujours le choix et nous faisons celui qui définira notre avenir, qui nous aidera à définir qui Nous Sommes Vraiment.
J’invite à cet égard tous les comités de quartier et associations concernées à prendre contact avec nous afin de fédéraliser nos efforts face à ce problème qui a une envergure bien plus large que celle qu’on veut lui donner.