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[interview avec le Président dHonneur de lasbl «Protection des marronniers» M. Henri Vernes]
Henri Vernes, le célèbre romancier belge, créateur de Bob Morane, dont les aventures ont été vendues de par le monde à plus de quatrevingt millions d’exemplaires et ont fait rêver des générations de lecteurs, sans parler des bandes dessinées et des dessins animés, a accepté de répondre à nos questions.
Monsieur Henri Vernes, vous avez pris fait et cause pour la défense des arbres de l’avenue Churchill. Le sort des marronniers deviendra-t-il un nouveau thème romanesque et l’avenue Churchill une nouvelle «Vallée infernale»?
Non, d’évidence, l’avenue Churchill ne sera jamais la «Vallée Infernale», première aventure de Bob Morane. Mais justement, dans cette vallée infernale, il y a beaucoup d’arbres: ceux des forêts de Nouvelle-Guinée. Consultons plutôt le dictionnaire qui dit au mot «avenue»: «voie plantée d’arbres»… Si les marronniers disparaissent, il faudrait donc, logiquement, trouver une autre dénomination à l’avenue Churchill. Je proposerais alors «Chemin Churchill», ou mieux, «désert Churchill» ou «gare Churchill»! Plus sérieusement, j’ai pris parti pour les marronniers comme je prends parti pour la forêt amazonienne, contre la chasse à la baleine, la vivisection, contre la pollution. C’est une question de principe.
Vous avez été fait citoyen d’honneur de la Ville de Bruxelles ainsi que de la Commune de Saint-Gilles, quoique Tournaisien d’origine. Après bien des voyages, parmi les plus exotiques, votre coeur est à Bruxelles. Que ressentez-vous lorsque l’on propose d’y abattre des arbres, d’effacer la mémoire vivante de notre histoire architecturale?
J’ai voyagé dans la forêt amazonienne. Il en reste encore beaucoup mais, arbre par arbre, on finirait bien par l’anéantir. Pour le bois. Pour le pétrole. Pour les marchands de hamburgers. A l’avenue Churchill, c’est pour la STIB… En dehors de toute polémique, je considère qu’abattre un arbre, c’est tuer un dieu. C’est des arbres que dépend la vie. Pensons à ce qu’a écrit Chateaubriand: «Les forêts précèdent les hommes; les déserts les suivent». Mais il est probable qu’à la STIB et chez les autres partisans de l’abattage, l’on ne lise plus beaucoup Chateaubriand…
Les projets de la STIB visant à créer à tout prix des sites propres pour augmenter sa rentabilité plus que la mobilité, sont-ils à votre avis, l’oeuvre de «l’Ennemi invisible» ou des «Monstres de l’espace»?
On a détruit une partie du Vieux Bruxelles pour le bonheur des promoteurs ainsi que celui de quelques hommes politiques aujourd’hui heureusement disparus. A présent, on regrette ce carnage. Il en va de même pour les marronniers. Demain ce sera peut-être le Bois de la Cambre, la Forêt de Soignes. On dira là aussi que les arbres sont malades. Qu’on le prouve! Ils sont tous dangereux, affirme-ton. A ma connaissance, ils n’ont encore blessé personne avenue Churchill. Et même des arbres sains peuvent tomber.
Un mot, un message, un souhait pour le futur?
Certains sont contre l’euthanasie pour les humains. Alors, pourquoi ne le serait-on pas pour les arbres? Jusqu’à quand donc l’Homme continuera-t-il à se croire supérieur à tous les autres Etres Vivants? Il n’est qu’une infime partie de Tout, comme les marronniers du peut-être hélas, futur «désert Churchill»? Mais une question se pose. Les adversaires de l’abattage des marronniers de l’avenue Churchill auront-ils finalement raison? Le respect de la Nature, de la Vie, contre la STIB. Jusqu’ici ce n’est que dans la Bible que David a vaincu Goliath. Mais sait-on jamais…