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«Protection des Marronniers» ASBL EN FORMATION Adresse de contact: Mme Irina Khramtsova Avenue Winston Churchill 58 1180 Bruxelles Monsieur Charles Picqué Ministre Président de la Région de Bruxelles-Capitale Rue Ducale 7-9 1000 Bruxelles Madame Françoise Dupuis Secrétaire d’Etat au Logement et à l’Urbanisme Boulevard du Régent 21-23 1000 Bruxelles Lettre recommandée
Bruxelles, le 14 août 2006
Monsieur le Ministre Président, Madame la Secrétaire d’Etat,
Concerne: abattage des arbres de l’avenue Winston Churchill
Comme vous le savez, un plan d’abattage des arbres de l’avenue Winston Churchill a été présenté à l’appui d’une demande de permis d’urbanisme introduite par l’AED-AATL au nom de la Région de Bruxelles-Capitale sur la base d’un dossier qui est en gestation depuis trois ans environ.
La Région fonde principalement sa demande sur des considérations sécuritaires en ce que les arbres présenteraient un caractère dangereux en raison de leur âge, des maladies et parasites dont ils seraient atteints et estime que leur abattage permettrait d’améliorer l’esthétique de l’avenue via la replantation d’autres essences.
La Commune d’Uccle, saisie apparemment depuis un certain temps de ce dossier, a entamé comme la loi le prévoit, la procédure formelle de consultation des habitants et une réunion de la Commission de Concertation fut organisée fin juin, l’avis étant émis le 5 juillet dernier.
Nous sommes surpris de constater que sur un problème de cette importance visant à l’abattage de tous les arbres de l’avenue, les habitants n’aient été invités à donner leur avis que quelques jours avant les vacances scolaires et encore, presque par hasard puisque la plupart des riverains n’ont été réellement informés de l’organisation d’une réunion que la veille ou le jour même via des lettres toutes boîtes distribuées par deux élus locaux (Mme Rousseaux et M. Sax), l’affichage requis par la loi étant manifestement passé inaperçu (combien d’affiches, apposées où?).
La manière dont fut gérée cette réunion n’est pas sans reproches non plus: questions laissées sans réponses, interdiction de prendre la parole, limitation arbitraire des interventions, etc.
Nous avons retenu de cette réunion de consultation qu’elle n’était organisée que pour des raisons juridiques et formelles, et que tout était déjà clair et décidé depuis longtemps quant aux travaux envisagés puisque nous avons entendu la STIB développer ses projets, appris que des arbres auraient déjà été commandés depuis trois ans, etc.
Malgré tout, la population riveraine qui trouva le temps de se déplacer in extremis pour émettre un avis, exprima de manière unanime, son attachement au maintien de l’avenue Winston Churchill en son état actuel, son caractère exceptionnel à Bruxelles, son histoire inscrite dans l’œuvre urbanistique du Roi Léopold II, éléments pour lesquels nous n’en doutons pas, vous êtes sensibles comme nous.
Mais, au-delà de cela, nous avons attendu que nous soit démontrée la raison justifiant l’abattage des arbres, à savoir le danger qu’ils représenteraient.
C’est avec surprise que les participants à la réunion ont pris connaissance de ces raisons, et c’est aussi avec fermeté qu’ils ont mis en évidence les incohérences de l’argument de «dangerosité» avancé, incohérences sur lesquelles nous reviendrons plus loin en détail.
Les habitants présents lors de la réunion ont tous protesté fermement contre l’abattage des arbres et dont il apparaît qu’il rencontre par une coïncidence extraordinaire, les projets avenue Churchill de la STIB, laquelle est justement tenue de l’entretien et de l’élagage de ceux-ci.
La Commission de Concertation est apparue nettement divisée en deux camps, d’une part les institutions et sociétés parastatales ou intercommunales concernées, d’autre part la population. Deux camps dont manifestement les préoccupations ne sont pas les mêmes.
L’on ne trouve aucune trace de l’opinion et des arguments émis par la population dans l’avis émis par la Commission.
Seules les vacances scolaires justifient que la population concernée n’ait pas encore réagi par voie de pétition ou par une attitude structurée, mais malgré cela -et il suffit de consulter le site Internet de M. Sax par exemple pour le comprendre-, les habitants ont, ces dernières semaines, multipliés les contacts, échangé de nombreux documents et idées, ce qui témoigne de leur ferme opposition à l’abattage des arbres.
Nous avons jugé essentiel de porter ci après à votre connaissance ces réflexions qui donnent un tout autre éclairage au dossier.
* * *La Région a commandé deux expertises organisées en juillet 2003, l’une à la société «Arboriconseil», l’autre à une société spécialisée dans les observations aériennes, en vue notamment d’étudier la situation des marronniers avenue Churchill.
C’est la Région qui commande et commandite ces études pour des voiries qui lui appartiennent et qui introduit ensuite, sur la base de ces études, une demande de permis d’urbanisme qu’elle est seule in fine à pouvoir octroyer.
Cette situation exceptionnelle aurait mérité, afin que la décision puisse être inattaquable, que l’on soit au moins particulièrement attentif aux motifs avancés.
Or, ceux-ci fondés essentiellement sur le danger présenté par les marronniers, ne sont pas en concordance avec les expertises réalisées il y a trois ans.
L’ensemble des arbres de l’avenue Churchill est en effet présenté comme recelant des risques à la fois sur le plan de pourritures internes, des parasites et/ou de la dangerosité nécessitant leur abattage.
Les expertises réalisées, si l’on se réfère à un courrier de la Commission Royale des Monuments et Sites du 5 mai 2005, ne concluent pas en ce sens aussi clairement qu’il n’y paraît à la lecture des notes justificatives déposées par la Région.
En effet, l’expertise de la société «Arboriconseil» porte sur un échantillon de 128 arbres qualifiés déjà de «douteux», c’est-à-dire après que l’expert ait au préalable sélectionné ses sujets d’étude et écarté les arbres non douteux. Il s’en déduit que les autres arbres de l’avenue Churchill (182) ne sont pas douteux. Sur ces 128 arbres, 17 ont été abattus, les autres pouvant être conservés (58 avec abattage conseillé, 33 pouvant subsister à court terme et 23 étant sains)
L’abattage des 58 arbres (qui se situent tous sur la partie Brugmann/ Rond-Point Churchill), est conseillé pour des raisons d’ordre essentiellement économique puisque le rapport conclut que leur maintien implique une intervention régulière de taille à caractère sécuritaire, «travaux d’élagage le plus souvent lourds et coûteux». De plus, il est conseillé de les abattre pour permettre l’alignement des arbres après l’abattage de 14 sujets (parmi les 17 susvisés).
Non seulement cet alignement ne s’impose pas puisque la situation actuelle est cohérente après que les 14 arbres concernés aient été abattus, mais en plus, il ressort clairement que l’argument ici n’est pas l’état de l’arbre ou le danger qu’il représente, mais bien le coût de son entretien, lequel permettrait de le conserver.
Nous relevons en passant, sans bien le comprendre, que parmi les critères de dangerosité, il est aussi question de l’hétérogénéité des plantations en terme d’âge, les grands arbres handicapant le développement des jeunes sujets. En quoi cela est-il dangereux?
Quant à l’expertise aérienne, réalisée par infrarouge via le survol du site le 15 juillet 2003, c’est-à-dire, en pleine année de canicule (record de chaleur absolu à Bruxelles, 43,7°!), elle porte sur les 336 marronniers répertoriés en 2003. 175 sont cotés 5/5 et 85 simplement décolorés sans problèmes réels. 8 sont catalogués pour réflexion anormale et 42 défoliés sur un tiers du feuillage (dû à l’été 2003 anormalement sec).
Comme depuis 2003, 36 arbres ont été abattus, il est légitime de supposer qu’il s’agissait de ceux posant problème et l’on peut donc conclure que l’observation aérienne ne concerne aujourd’hui réellement que 4 arbres qui peut-être sont déjà guéris!
En ce qui concerne les parasites et la pourriture, la société Arboriconseil se réfère au parasite «phytophtora» dont on lit dans le rapport qu’il «commence à faire des dégâts en Région Bruxelloise (avenue Albert)» mais «n’est pas encore identifié avec certitude dans le cas de l’avenue Churchill…» (v lettre précitée de la CRMST du 5 mai 2005).
Pourtant, on lit dans les attendus de la Commission de Concertation d’Uccle, que «vu les pourritures internes des troncs et l’attaque parasitaire des troncs» alors qu’il est nettement établi que ce problème ne concerne que l’avenue Albert!
Enfin, le rapport porte également sur l’analyse de 14 arbres qui seraient atteints d’une pourriture intérieure du tronc dans une mesure allant de 6% à 29% dont on fait une moyenne de 19%. Cela signifie mathématiquement que plus de la moitié de ces 14 arbres ne sont atteints que dans une mesure non significative.
La maladie des arbres de l’avenue Churchill n’est donc pas démontrée et même si elle devait exister, en quoi serait-elle dangereuse ou ne pourrait être soignée?
* * *En conclusions, nous ne comprenons pas en quoi les marronniers de l’avenue Churchill présentent un caractère de dangerosité, ni de quelles maladies ou parasites ils seraient affectés.
A supposer que des arbres soient réellement malades, quels sont-ils (par numéro), puisque apparemment aucun n’a été clairement identifié et que les coordonnées communiquées à la Commission de Concertation sont erronées?
De même, à supposer toujours que des arbres soient malades, quel est le degré de danger qu’ils représentent, et ne peuvent-ils être soignés? Un arbre malade, comme une personne, peut être soigné et guérir.
Les questions budgétaires relatives à cette question pèsent-elles réellement en regard du coût de l’abattage de tous les arbres et de leur replantation?
Si les arbres de l’avenue Winston Churchill présentent un réel danger, pourquoi les marronniers de l’avenue Albert ne sont-ils pas d’abord concernés? Ils vivent en plus dans des conditions plus dramatiques: moins d’ensoleillement, subissent les mêmes pollutions, les mêmes mauvais traitements et en plus sont affectés clairement d’un parasite!
Qui a ainsi conclu au danger que présenteraient les arbres de l’avenue Churchill?
* * *La question qui se pose en conséquence de ces constatations porte sur les intentions réelles de la Région puisque l’on ne peut que déduire, à la lumière des données exposées, que la cause de l’abattage des arbres n’est pas leur état de dangerosité présumé mais bien l’occasion de permettre la réalisation de certains projets autres.
En parallèle des procédures en cours, la STIB a programmé depuis des années la mise en oeuvre de nouveaux tracés liés à l’achat de nouveaux trams, et elle procède depuis des mois à d’importants travaux sur l’avenue Churchill, travaux inscrits dans ses projets l’implantation imminente d’une troisième voie sur l’avenue (justement sur la partie Brugmann-Rond-Point) ainsi que de l’installation d’une liaison rapide transitant avenue Churchill qui en deviendrait le relais principal.
Pour la STIB, qui ne s’en cache pas, la cause est entendue depuis des mois en ce qui concerne l’abattage des arbres puisqu’elle a déjà procédé à l’installation de coûteuses infrastructures dans le sol (câbles, relais électriques, etc.) destinées à accueillir ces nouvelles installations (troisième voie, installation d’une cabine au niveau du n° 37, etc.), lesquelles doivent exactement se situer sur la partie Brugmann / Rond-Point Churchill.
Au demeurant, c’est la STIB également qui est mise en cause par les expertises réalisées pour ce qui concerne les dommages causés aux arbres, tant par les travaux réalisés sans aucunes précautions que pour leur élagage effectué sans aucuns soins (blessures ouvertes, etc.)
Cela change la vision des choses et si tel est le cas, la consultation de la population aura perdu tout son sens puisque dès le départ une stratégie aura été mise en place pour contourner l’esprit de la loi.
Nous sommes convaincus que vous ne vous associerez pas à cette stratégie qui a pour effet de permettre la destruction d’un des plus beaux patrimoines de Bruxelles.
Nous exprimons en conclusions, le souhait que dans tous les cas, tous les efforts soient fournis pour que l’avenue Churchill soit préservée en son état actuel, compte tenu de son caractère exceptionnel.
Il relève de votre décision politique, au-delà du formalisme légal, que puisse être organisée une réelle concertation avec la population concernée ce pour les raisons précitées et qu’une réelle information circule quant aux projets envisagés avenue Churchill.
Dans cette perspective, nous sollicitons de votre part que vous réexaminiez ce dossier et suspendiez toute décision relative à un permis d’abattage des arbres, le temps nécessaire pour revoir la situation sur la base de nouvelles expertises à réaliser, soit d’initiative publique, soit privée et que tous travaux de la STIB soient suspendus.
Au demeurant, la demande de permis d’urbanisme a été déposée sans qu’y soit joint un plan de replantation, ce que la Commission de Concertation a relevé, tout en faisant de manière étonnante, référence à l’article 191 du Code de l’Urbanisme, lequel ne vise que les questions accessoires ne nécessitant plus de procédure de consultation. Il est difficile de comprendre qu’un plan de replantation qui fait défaut constitue une question accessoire alors qu’il conditionne le réalignement de l’avenue. L’article 191 vise des documents «modifiés», mais pas l’ajout de pièces qui ne figurent pas au dossier, ce d’autant plus si celles-ci sont essentielles et conditionnent la demande!
Nous souhaitons également que dans un rapport précis et détaillé, les experts choisis déterminent pour chacun des arbres pris un par un et clairement identifié, s’il représente dans sa configuration actuelle, un danger potentiel ou réel pour la collectivité et que les arbres déclarés malades (pour autant qu’ils ne soient pas dangereux), soient soignés ou traités et qu’enfin, les arbres dangereux soient remplacés par d’autres marronniers.
Vous remerciant de la suite qu’il vous plaira de réserver à la présente, nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre Président, Madame La Secrétaire d’Etat, à l’expression de nos sentiments de haute considération.
Pour lasbl en formation:
Irina KHRAMTSOVA
Edgard D’HOSE